Dans ce labyrinthe de musiques sacrées,
parmi les cris des vendeurs installés partout
et les haut-parleurs stridents d’une fête foraine,
au milieu de ce tourbillon de couleurs, d’odeurs, de poussière
et de gens venus de vallées lointaines,
il n’était pas difficile de distinguer les sadhus.
Justement, une procession d’entre eux s’approchait.
Ces hommes saints sont souvent des êtres insondables
et, presque aussi souvent, complètement drogués.
Certains, c’est vrai, sont de véritables renonçants ou des maîtres illuminés ;
d’autres peuvent être des sceptiques en fuite,
des criminels méconnaissables,
des profiteurs incorruptibles.
Il y avait des prophètes, des filous, des prêtres, des médiums, des extorqueurs, des conseillers, des conteurs, des devins, des mendiants, des imposteurs, des sages :
tous avançaient avec la même lenteur,
comme si la poussière du chemin les liait entre eux.
Certains portaient des ornements extravagants ;
d’autres étaient couverts de cendres,
d’autres encore avaient les cheveux emmêlés de boues sacrées
et le regard perdu.
Le dernier était « vêtu de vent » :
entièrement nu,
avec pour seul ornement un petit anneau d’or au sexe.
Et l’on ne savait s’il fallait éprouver du respect ou de la compassion.
Chaque jour, il achetait des fleurs.
Tout, dans ce pays, se fait avec des fleurs :
les mariages,
les adieux,
les prières
et les silences.
Il vit un homme ramasser deux petits œillets,
l’un doré, l’autre safran — couleurs si présentes ces jours-là, jusque dans les yeux des gens —,
tout juste tombés de la guirlande d’un dieu,
et les attacher dans les cheveux de sa fille.
C’étaient des fleurs sacrées ;
on disait qu’elles portaient chance et courage.
La fillette sourit,
et l’espace d’un instant,
entre les cris des vendeurs,
le rugissement des haut-parleurs d’une fête foraine
et les musiques sacrées,
il sembla que le monde entier sentît l’espérance.
Un autre jour, avant de se rendre à la célébration religieuse,
il alla parcourir le marché qui, surgissant de nulle part,
s’était greffé à cette manifestation divine.
On y vendait de tout :
des vêtements, des châles, des céramiques,
des récipients de cuivre ou d’étain,
des meubles, des fruits, des épices et des légumes,
des bijoux, des bidis et des cigarettes,
et une infinité d’objets et d’accessoires divers.
Et des bracelets de verre.
Laisser un commentaire