Réunion des dieux – II
En l’attendant, les hommes jouaient des tambours, des conques et des clarinettes de métal ;
l’air se chargeait de fumée et d’une musique qui semblait venir du fond des âges.
Tout se mouvait lentement :
les dieux,
les hommes,
les ombres,
les chiens errant parmi la foule.
C’était un monde qui s’éveillait sans hâte,
comme si la réalité n’était qu’un brouillard épais
que l’on pouvait traverser les yeux fermés.
Pendant ce temps, d’un dieu à l’autre,
leurs serviteurs se répondaient par des appels de tambours, de conques et autres instruments.
Les fumées, l’air de l’aube, la musique disparate et sacrée
ajoutaient aux mouvements lents de ce monde en éveil
une irréalité paisible.
Les dieux arrivaient sans cesse,
sur des chars ornés d’or et de velours rouge,
couverts de parasols et de guirlandes de fleurs.
Les villageois les saluaient,
les tambours marquaient la cadence,
et soudain un dieu s’emparait de ses porteurs :
il tournoyait,
sautait,
courait en cercle,
se jetait vers la foule.
Il fallait s’écarter.
Il essayait de reconnaître — sans jamais y parvenir — et de nommer, à travers leurs attributs,
certains de ces antiques gardiens d’un peuple qui croyait encore,
ou feignait de croire,
pour rester en vie.
Les processions se succédaient et se croisaient au cœur d’une foule dense.
Les dieux se saluaient ;
leur avancée suivait le rythme des tambours.
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