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Il écrit pour se souvenir,

Pour continuer à marcher

Pour comprendre

IL Y A UN AN l’accident – I
un ascenseur décidait brutalement de changer mon emploi du temps.

En une seconde, le quotidien s’est transformé en ambulances, urgences, opérations, hôpital, puis en une longue succession de petites étapes dont chacune semblait, sur le moment, être une montagne : dépendre presque à cent pour cent des autres, puis apprendre à se déplacer en fauteuil roulant, passer aux béquilles, retrouver peu à peu l’équilibre, réapprendre des gestes aussi simples que se lever, s’habiller, aller aux toilettes, préparer un café, franchir une marche ou arroser les plantes de mon balcon.

Cette année m’aura rappelé cette chose étrange : la vie continue d’avancer, même lorsque le corps s’arrête.

J’ai découvert l’immobilité, la dépendance, la patience. J’ai découvert aussi la générosité de nombreuses personnes, la solidarité discrète du quotidien, l’importance d’un message, d’une visite, d’un coup de téléphone ou d’un simple « comment te sens-tu? ».

Il y a eu les progrès que l’on célèbre presque comme des victoires olympiques : le premier déplacement seul, les premières marches, la première sortie, puis le passage progressif à une forme de normalité, mais certainement pas un retour à la normalité d’avant.

Il y a eu aussi les complications imprévues (aurais-je pu prédire quoi que ce soit?), les douleurs, les examens, et plus récemment la découverte que l’accident avait laissé derrière lui quelques souvenirs supplémentaires sous forme de plusieurs vertèbres fracturées.

Mais il y a eu également autre chose.

Du temps pour observer.
Du temps pour écrire.
Du temps pour réfléchir à ce qui compte vraiment et à ce qui compte moins qu’on ne l’imaginait.

Je ne remercierai jamais assez celles et ceux qui ont accompagné cette traversée d’une manière ou d’une autre.

Aujourd’hui, je ne célèbre rien, je regarde cette étape.

Mais, un an plus tard, même si je marche moins vite qu’avant, même si je négocie chaque jour avec quelques douleurs récalcitrantes, je suis là.

Et finalement, après cette année parfois difficile, parfois étonnante, parfois belle malgré tout, cela me semble quand même une excellente raison de lever mon verre.

Santé !

Félix