Il doit accomplir son devoir de citoyen normal (quoi que veuille dire « normal ») : aller voter pour élire un nouveau président.
C’est là qu’un pas en arrière l’attend.
Voulant rester indépendant, il monta par une petite rampe assez raide, et le fauteuil roulant bascula en arrière. Il réussit à se retenir à un poteau. Un homme, voyant ce qui se passait, le rattrapa avant qu’il ne se frappe la tête, mais il ne put éviter un violent choc au pied, juste là où étaient les fixateurs.
Frayeur, douleur… mais il accomplit son devoir de citoyen !
Ils allèrent aux urgences. Radiographies.
« Les fixateurs ont bougé, dit le chirurgien. Ça va vous faire mal. On ne fera rien : on va bientôt vous les enlever. Patience. »
Et de la patience, il en a à revendre.
Dix jours plus tard, on lui enlève les fixateurs.
Deux pas en avant.
Cinq mois ont passé depuis l’accident.
Il arrive à la maison. Il tombe une pluie forte, très forte.
Les enfants demandent :
— On peut aller dans la piscine ?
— Bien sûr !
La vie n’est pas seulement routine.
Des souvenirs lui reviennent : se baigner nu dans la mer sous une averse, entrer dans des thermes sous la pluie, ou entouré de neige. Il constate, une fois encore, que le contraste des sensations — parfois extrêmes — est un immense plaisir.
Une heure plus tard, les enfants viennent le lui raconter, heureux, avec leurs propres mots.
Sans fixateurs.
Soulagement.
Il peut maintenant penser sérieusement aux étapes qui viennent : déambulateur, béquilles, canne… puis plus rien. Il se donne deux mois pour les deux premières.
Il réfléchit aussi à adapter sa camionnette pour pouvoir conduire : commandes manuelles pour le frein et l’accélérateur au volant. L’embrayage, il pourra l’actionner du pied gauche sans problème.
Quelques jours plus tard, après un rendez-vous chez le dentiste, déjà bien décidé à marcher avec le déambulateur, il remarque qu’un feu de la camionnette ne fonctionne plus. Elle est garée sous l’abri. Il analyse la situation : il faut changer une ampoule. Il sait qu’il a une ampoule de rechange dans la remise. Il demande qu’on la lui apporte avec la boîte à outils.
Assis dans son fauteuil roulant, il parvient à changer l’ampoule. Ce n’est pas si compliqué.
Il s’adapte.
Et il manie déjà le fauteuil avec aisance.
Quand il a terminé, il regarde la porte ouverte du côté conducteur. Il s’approche.
Peut-il essayer de s’asseoir sur le siège ?
Il essaie.
Il y parvient.
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