L’absence

L’absence.
Et plus encore, la présence de l’absence, comme celle qui l’a accompagné pendant tant d’années après la mort de Jennie.

Aujourd’hui, l’absence est différente. D’abord, il y a eu exactement un mois — le temps de l’hospitalisation — puis, de retour à la maison, un exil plus subtil : confiné à sa chambre du L’absence.
Et plus encore, la présence de l’absence, comme celle qui l’a accompagné pendant tant d’années après la mort de Jennie.

Aujourd’hui, l’absence est différente. D’abord, il y a eu exactement un mois — le temps de l’hospitalisation — puis, de retour à la maison, un exil plus subtil : confiné à sa chambre du premier étage. Il n’y a ni séparation affective ni mentale, mais une séparation physique, oui.

Les enfants, les mères et la grand-mère, les visites lorsqu’elles arrivent, occupent le rez-de-chaussée : les chambres, la cuisine, la salle à manger, le salon avec sa cheminée. Il ne peut plus être aussi présent qu’avant, ni comme il le souhaiterait. S’asseoir à table avec les enfants, cuisiner, jouer à un jeu de société, lire ensemble, regarder la télévision. Sortir dans le jardin, les voir sauter sur le trampoline, nourrir les animaux, faire les devoirs.

Ils ont accepté — tous — que les devoirs se fassent désormais dans sa chambre, à côté du lit. Ils montent aussi pour discuter, raconter quelque chose de leur journée, se plaindre du frère, de la sœur ou de la cousine qui agace. Ils apportent à manger et de l’eau au lapin gagné à la foire, nettoient sa « petite maison ».

Dans sa chambre, on sent que c’est lui qui commande.

Pourtant, la seule fois où il est descendu au rez-de-chaussée en fauteuil roulant — et il a fallu tout organiser, la maison n’étant pas conçue pour ce type de fauteuil — il ne s’est pas senti chez lui. Il a parcouru les pièces, il ne pouvait pas entrer partout. Cet étage n’était plus celui dont il se souvenait. Le bureau, les fauteuils, les lits, l’ordre — ou plutôt le désordre — lui étaient devenus étrangers. Il était devenu l’espace de son épouse, de sa belle-sœur, de sa belle-mère et des enfants.

Il a redressé un tableau de travers. Rangé quelques documents. Mis un peu d’ordre ici ou là.
Puis il est remonté à son étage, dans sa chambre.

Là, oui.
Là, il s’est de nouveau senti chez lui.

Il a alors compris quelque chose de plus inconfortable encore : il n’était plus seulement exilé du rez-de-chaussée ; il était aussi réfugié au premier étage.

Il se souvient avoir ressenti quelque chose de semblable après avoir passé presque neuf mois seul en Chine et être revenu dans l’appartement de Bruxelles où il vivait avec Jennie. L’appartement était le même, conservé dans l’ordre qu’ils aimaient tous deux. Et pourtant, il n’y avait presque plus de place pour lui. C’était l’appartement de Jennie. Sa personnalité — son aura, diraient certains — occupait tout l’espace.

Il a dû s’y faire.

Jennie a un peu résisté à cet intrus de retour, sachant qu’elle devait l’accepter, mais voulant aussi qu’il « souffre » d’avoir été absent si longtemps. La transition vers un espace de nouveau partagé, à égalité, a duré presque aussi longtemps que son absence.

Il sait que quelque chose de semblable se produira lorsqu’il pourra à nouveau se déplacer dans toute la maison. Il devra s’adapter, accepter les changements. Mais aussi récupérer des espaces. Réinvestir sa manière de faire les choses, sinon partout, du moins dans ce qui lui importe le plus.

Si cet exil n’est pas définitif — comme pour d’autres —, le retour n’est pas immédiat. Il n’y a ni séparation affective ni mentale, mais une séparation physique, oui.

Les enfants, les mères et la grand-mère, les visites lorsqu’elles arrivent, occupent le rez-de-chaussée : les chambres, la cuisine, la salle à manger, le salon avec sa cheminée. Il ne peut plus être aussi présent qu’avant, ni comme il le souhaiterait. S’asseoir à table avec les enfants, cuisiner, jouer à un jeu de société, lire ensemble, regarder la télévision. Sortir dans le jardin, les voir sauter sur le trampoline, nourrir les animaux, faire les devoirs.

Ils ont accepté — tous — que les devoirs se fassent désormais dans sa chambre, à côté du lit. Ils montent aussi pour discuter, raconter quelque chose de leur journée, se plaindre du frère, de la sœur ou de la cousine qui agace. Ils apportent à manger et de l’eau au lapin gagné à la foire, nettoient sa « petite maison ».

Dans sa chambre, on sent que c’est lui qui commande.

Pourtant, la seule fois où il est descendu au rez-de-chaussée en fauteuil roulant — et il a fallu tout organiser, la maison n’étant pas conçue pour ce type de fauteuil — il ne s’est pas senti chez lui. Il a parcouru les pièces, il ne pouvait pas entrer partout. Cet étage n’était plus celui dont il se souvenait. Le bureau, les fauteuils, les lits, l’ordre — ou plutôt le désordre — lui étaient devenus étrangers. Il était devenu l’espace de son épouse, de sa belle-sœur, de sa belle-mère et des enfants.

Il a redressé un tableau de travers. Rangé quelques documents. Mis un peu d’ordre ici ou là.
Puis il est remonté à son étage, dans sa chambre.

Là, oui.
Là, il s’est de nouveau senti chez lui.

Il a alors compris quelque chose de plus inconfortable encore : il n’était plus seulement exilé du rez-de-chaussée ; il était aussi réfugié au premier étage.

Il se souvient avoir ressenti quelque chose de semblable après avoir passé presque neuf mois seul en Chine et être revenu dans l’appartement de Bruxelles où il vivait avec Jennie. L’appartement était le même, conservé dans l’ordre qu’ils aimaient tous deux. Et pourtant, il n’y avait presque plus de place pour lui. C’était l’appartement de Jennie. Sa personnalité — son aura, diraient certains — occupait tout l’espace.

Il a dû s’y faire.

Jennie a un peu résisté à cet intrus de retour, sachant qu’elle devait l’accepter, mais voulant aussi qu’il « souffre » d’avoir été absent si longtemps. La transition vers un espace de nouveau partagé, à égalité, a duré presque aussi longtemps que son absence.

Il sait que quelque chose de semblable se produira lorsqu’il pourra à nouveau se déplacer dans toute la maison. Il devra s’adapter, accepter les changements. Mais aussi récupérer des espaces. Réinvestir sa manière de faire les choses, sinon partout, du moins dans ce qui lui importe le plus.

Si cet exil n’est pas définitif — comme pour d’autres —, le retour n’est pas immédiat.

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